Numéro 18 – Septembre 2025 bis

De retour avant la fin du mois, Anarchie Locale se paye un deuxième numéro pour le mois de septembre ! On avait trop de trucs à dire avec cette fin d’été incandescente, donc on n’a pas pu s’en empêcher.

Au programme, plutôt insurrectionnaliste : retour sur le 10 septembre dans le Nord, révoltes internationales, racisme en Angleterre, et une mise au point sur la modification d’un article du précédent numéro.

À partager partout où c’est pertinent !

Droit de grève

Car la grève reste un bon moyen d’action dans le rapport de force avec les dirigeants, et même si c’est un droit qui ne devrait pas connaître de restrictions, il est bon d’en connaître le cadre légal pour se protéger de la répression. Voici donc un petit récap.

DANS LE PRIVÉ, si (comme pour le 10 septembre) il y a un appel syndical national, local ou interpro, aucune formalité n’est nécessaire pour faire grève. Il n’y a aucune obligation d’avertir le patron avant, tu peux te déclarer gréviste une fois de retour au travail.

Autrement, si un syndicat appelle à la grève uniquement dans ton entreprise : pas de formalité non plus, mais il faut être au moins deux grévistes (sauf si tu es le/la seul·e salarié·e).

Si il n’y a aucun appel syndical, que ce soit national ou local, les grévistes doivent faire un courrier signé à la direction avec la liste des revendications.

DANS LE PUBLIC (et le privé exerçant une activité de service public), la grève doit être couverte par un préavis posé au moins 5 jours avant par un syndicat représentatif. De plus dans les structures soumises au service minimum (hôpital, transport public, écoles…) tu dois te déclarer gréviste au moins 48h à l’avance en remplissant un formulaire.

La grève doit porter sur des revendications professionnelles (salaires, horaires, conditions de travail, etc.). Pour une grève plus politique (retrait de réforme, démission…), il faudra donc se protéger derrière une revendication professionnelle.

Plus d’infos : « Comment faire grève si je suis isolé·e« , sur paris-luttes.info (2023) ou « 5 décembre : comment faire grève ? » sur Contre Attaque (2019)

Se renseigner autrement, se rencontrer autrement

L’État nous manipule, les médias nous mentent. Vite dit, mais qu’est-ce qui est réel dans cette critique à l’emporte-pièce ? L’État n’est pas un monstre qui pense de manière cohérente, il a ses failles et ses contradictions. Il incarne à peu près ce que ses organes de pouvoir veulent. Si pour fonctionner, il a besoin de gens dociles, au boulot, qui ne crient pas, il matera autant qu’il le peut celleux qui vont dans le sens contraire. Les médias, selon qui les possède et ce qu’ils veulent, produisent des idées plus ou moins alignées avec celles des gouvernants et mentent principalement en cadrant énormément les sujets qu’ils traitent. L’idée anarchiste, c’est d’augmenter son autonomie à l’égard des structures de pouvoir.

Ainsi, tu trouveras des idées alternatives sur des sites comme infokiosques.net, ou des informations issues des gens directement sur des sites participatifs (lille.indymedia.org, paris-luttes.info, ricochets.cc…). Il existe aussi des médias alternatifs où les journalistes sont bénévoles (ou militants) : Contre Attaque, Rapports de forceSur Lille, tu peux retrouver une liste dans Anarchie Locale. De notre côté, on n’a pas la prétention d’être de la grande presse mais on tente de faire circuler les infos qu’on voit et qu’on veut partager, c’est notre moyen de nous réapproprier l’information.

Pour s’ouvrir à des idées alternatives, il y a aussi des lieux à Lille, où tu peux trouver des gens, des organisations, ou des informations sans ordres ni pubs : le Centre Culturel Libertaire (4 rue de Colmar), la CNT (32 rue d’Arras), l’Anamorphose (48 rue du Long Pot), le Centre LGBTQIF « J’en suis j’y reste » (19 rue de Condé)…

Ouvrons l’œil et retrouvons-nous !
Vive l’autonomie, vive l’anarchie.

Louise Michel, militante anarchiste, fin du 19e siècle

Du scandale individuel à la punition collective

Fin juillet une réfugiée gazaouie, Nour, a subi une campagne de harcèlement raciste, sur internet et à la télé. Elle était inscrite à Sciences po Lille et était hébergée chez le directeur Étienne Peyrat en attendant son logement CROUS. Mais un élu RN a révélé ses tweets antisémites citant Hitler, et comme ils n’aiment que les nazis blancs, ça a été relayé par la facho-réac compagnie (CNEWS, Retailleau…). L’extrême droite instrumentalise la lutte contre l’antisémitisme pour avancer son discours raciste. Et ça fait flipper de voir les conséquences que ça a.

En 48 heures seulement, Jean-Noël Barrot (ministre des affaires étrangères) l’a expulsée vers le Qatar, en l’accusant d’apologie au terrorisme.
À la suite de ça, le gouvernement français a interdit l’attribution du statut de réfugié à toutes les personnes palestiniennes. Au delà de l’occupation, de la guerre et du génocide que ce peuple subit, c’est insensé de refuser l’asile à tout un peuple parce qu’une personne a eu des propos antisémites. Donc on voit surtout cet enchaînement d’événements comme une preuve des mécanismes de domination raciste et coloniaux de l’état français.

À Lille, cet été, on était dégouté·es car on a rien pu faire pour protester contre la punition collective à l’encontre de tous·tes les palestinien·nes. Déjà parce que bah… y’a personne l’été ! Mais aussi parce qu’on se sent vachement dépendant·es de l’AFPS 59, alors que leur moyens d’actions ne nous correspondent pas, mais on sait pas vers qui se tourner d’autre quand il s’agit de la Palestine. On espère qu’à la rentrée on sera plus nombreuxes pour mettre la misère aux fachos, car cette histoire nous révolte et ces décisions nous dégoûtent et nous enragent.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme contre les palestinien·nes et celleux qui luttent en solidarité doit s’arrêter.

Stop génocide, free Palestine !

Note importante : ce texte a fait l’objet d’une modification depuis sa première publication début septembre 2025. Une nouvelle version du format papier a été éditée et réimprimée pour continuer sa diffusion. Le motif de cette modification sont détaillés dans le numéro 18 d’Anarchie Locale.

« Sponti » : tout casser en scred plutôt que tout tenter en manif

Depuis quelques années et à mesure que l’état policier s’étend, on constate qu’il est de plus en plus difficile de tenter d’aller attaquer les enseignes capitalistes. Les derniers exemples marquants sont les révoltes pour Nahel ou les Gilets Jaunes. Mais d’un côté l’État adapte ses moyens de répres-sion, grassement financés par les riches ou les taxes (embauche de flics, achat d’armes de guerre utilisées contre les manifestant·es, installation de caméras…) et réprime de manière arbitraire (600 incarcérations sur 1000 condamnations pour l’été 2023, et 400 sur 3100 condamnations pour les GJ). D’un autre, il est plutôt rare qu’on atteigne ce niveau de conflictualité permettant de faire perdre les pédales aux forces de l’ordre et donnant cette opportunité. Faut-il baisser les bras pour autant ?

En Allemagne, les militants anticapitalistes s’organisent pour sortir la nuit sans préavis, faire du bruit, manifester ou démolir les enseignes d’une rue (et pourquoi pas piller quelques magasins). Ils appellent ça les « Spontis », contraction du mot « spontané ». L’idée est simple : on se donne de la manière la plus discrète possible un rendez-vous en ville à 20-40 personnes loin des yeux des caméras et de nos téléphones, on s’habille de manière anonyme (noir, masque covid, gants…), on prend du matos (pavés, peinture, affiches…) et on se donne une heure de début et de fin, 10 minutes maximum. À la fin, on se taille fissa, en ordre dispersé. Le lendemain, les habitant·es découvrent le résultat, effaré·es ou réjoui·es. Et ça donne du boulot aux vitriers, aux peintres et aux menuisiers. Si on en fait assez, peut-être qu’on peut relancer l’économie ?

Et le flic dans ta poche ?

Les téléphones sont depuis longtemps un grand allié de la police. Ils permettent à la fois de donner notre position en permanence, de savoir avec qui on parle, de quoi on a parlé, de donner des images pour nous inculper (même des « meme » avec un plan de paris en forme de bite avait été utilisé comme preuve lors de l’affaire du 8 décembre). Et depuis que les militant·es utilisent Signal et Telegram (on déconseille ce dernier) ils ont accès à un large réseau de numéros et d’identités dès que 1 seul appareil est confisqué même si t’as jamais échangé avec cette personne. Car même si ton téléphone est éteint ou verrouillé les flics peuvent tout siphonner grâce au « Kiosk« , un outil capable de casser le chiffrement de tout les téléphones (à l’exception de ceux qui fonctionnent sous GrapheneOS). C’est pour ça qu’on répète qu’il faut laisser nos tels à la maison. C’est pas pour se distinguer, mais vraiment parce que il y a trop d’infos dans un si petit truc.

Depuis que la majorité des gens utilisent une messagerie chiffrée (la plupart du temps sans le savoir), l’état fait la gueule et cherche à tout prix à briser ces protections. En fRance, l’immonde loi narcotrafic avait un passage qui obligeait les messageries chiffrées à avoir des failles dédiées aux gouvernements. Cette partie de la loi a été supprimé mais Retailleau a promis que ça reviendrait. Au niveau de l’Europe, c’est la loi Chat Control qui forcerait les messageries à analyser par IA chaque message, juste avant l’envoi (donc quand c’est pas encore chiffré). Et pour les applications récalcitrantes, les constructeurs de téléphones devront installer de manière silencieuse un mouchard qui fait le même taf ! Si l’algo détecte quelque chose de « suspect », un signalement sera directement envoyé à la police.

Individuellement, 2 solutions s’offrent à nous : ne plus avoir de téléphone ou passer à GrapheneOS. Graphene c’est un système d’exploitation (OS) pour les téléphones Pixel, qui a pour seul but la sécurité, et, à l’inverse des autres OS alternatifs, c’est assez facile à installer. Mais faut garder en tête que moins on fait avec un tel, mieux on se protège.

On a pas la place pour détailler, donc si tu veux plus d’infos : « GrapheneOS for Anarchists » (anglais) sur anarsec.guide (il est recommandé d’y accéder via le navigateur TOR).

Autres informations détaillées sur le sujet (fonctionnement de la téléphonie, outils policiers, pistes de réduction des risques sur les usages de téléphones en contexte militant) dans cette brochure : « Téléphonie mobile. Surveillances, répressions, réduction des risques » (2025), ou sur le blog participatif « Téléphonie mobile & activisme« .

Corvée de wassingue pour les matons

Depuis le mois de juillet, 88 détenus ont été transférés à la prison de Vendin-le-Viel (62), établissement de quartier haute sécurité. Le régime de détention y est inhumain : torture par privation de sommeil, fouille à nu plusieurs fois par jour, isolement, restrictions sur les activités, éloignement familial (transfert dans toute la fRance, Antilles comprises), parloir hygiaphone sans contact physique avec leurs visiteureuses. Pour protester, ces derniers ont inondé les coursives plusieurs soirs de suite. Certains détenus ont ensuite avalés des piles dans l’espoir d’être sorti le temps d’une opération, sans succès.

De nombreux recours ont été déposés par les prisonniers contre les conditions de détention en violation des droits humains et contre les motivations arbitraires de leur transfert. Les détenus ont entamé une grève de la faim depuis le 1er septembre.

Personne me mérite ce traitement inhumain ! Crève la taule !

10 septembre, sortez couverts

On va pas se mentir, bien que les perspectives de ce mois de septembre nous mettent en joie, on peut s’attendre à une forte répression par l’État dès le 10.

On connaît déjà l’arsenal habituel : les lacrymos, les grenades, les LBD, les canons à eau. On serra aussi filmé·es de partout, déjà grâce à toute les caméras flambant neuves de la MEL mais aussi avec des drones, et puis toute celles et ceux qui pensent que filmer en manif nous aide (alors que ça permet surtout aux flics de nous identifier plus facilement a posteriori).

Pour te protéger toi et tes proches au maximum laisse ton téléphone à la maison, met des vêtements amples et noirs, couvre tes signes distinctifs (tatouages, coupe de cheveux, piercings…), évite le maquillage (avec les lacrymo ça douille) et n’hésite pas à mettre des grosses lunettes de soleil, même par temps de pluie.

Viens avec des potes, c’est important d’avoir des proches qui peuvent appeler au soutien si tu te fais arrêter. Si les flics te causent, que ce soit dans la rue ou au comico tu n’as rien à dire : garde le silence ou répond « rien à déclarer« . En cas de contrôle d’identité, les 5 seules choses qu’on doit dire légalement c’est nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance et adresse. Rien de plus ! C’est plus facile à dire qu’à faire parce que c’est leur taf de te manipuler, mais c’est pas eux que tu dois convaincre ! La moindre info, même anodine, peut te retomber dessus ou sur des potes, garde ta défense pour les juges.

Et si tu subis une répression judiciaire ne reste pas seul·e : à Lille on a le CLAJ (Collectif Lillois d’Autodéfense Juridique) qui peut t’aider.

Pour aller plus loin sur le 10 septembre : « En cas de soulèvement :
infos pratiques pour les actions, grèves, manifs…, pour résister à la répression…
 » sur ricochets.cc (conseillé d’y accéder via TOR)
⌕ Pour plus de conseils pratiques : notrace.how (via TOR aussi)
⌕ Texte critique sur la photographie : « Dialogue imaginaire avec un-e défenseur-euse de l’image photographique d’individus. » (2017)

Numéro 17 – Septembre 2025

Nouvelle rentrée pour Anarchie Locale !
Avec tout ce qui va se passer ce mois-ci, on voulait rappeler quelques bases d’antirep pour bien pouvoir grêver, entre autre informations.

Au programme donc : de l’antirep, du savoir-faire allemand, des luttes depuis les prisons, une expulsion d’une étudiante, et un feuillet bonus.

Numéro mis à jour le 08/09

A partager comme bon vous semble.

Poésie : Sommet du trou de balle (Feat. The Boss)

Version revisitée du Sonnet du trou du cul de Verlaine et Rimbaud (1871).

Obscur et froncé comme un contrôle abusif
Il respire, humblement bernard tapi parmi le marketing
Humide encor d’amour qui suit la fuite des leasings
Des Fesses blanches du manager au cœur de son exécutif.

Des filaments pareils à des larmes en feedback
Ont pleuré, sous la stratégie cruelle qui les repousse,
À travers de petits caillots du mickey maousse
Pour s’aller perdre sur le CAC40 et checker l’impact.

Mon Rêve s’aboucha souvent à sa deadline ;
Mon âme, du coït overbooké dans le cracking,
En fit son larmier corporate et son nid de faux-culs.

C’est l’olive débriefée, et le rapport du G20,
C’est le tube où descend la praline du souverain
Chanaan féminin dans les moiteurs total focus !